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Uploaded on Jul 17, 2007

01/05/05 le baiser salé - Paris

L'affiche est à l'entrée, à la terrasse de la rue des Lombards, très animée : au Baiser Salé, soirée Black Vibrations, Cinq Fois Novembre, Jérémie Jorrand... On se sent vraiment tout blanc.

Donc, la black vibe passée, nous profitons des sept ou huit minutes mises à notre disposition pour faire la balance de Cinq Fois Novembre, puis la mienne. Ou du moins cela me parut-il sept minutes, ce qui rajoute évidemment à la confiance naturelle avec laquelle on arrive lors d'un premier concert avec une nouvelle formation.

La salle est pleine, assise, boit de la bière en général.

Ma partie débute en solo. Et, d'une voix qui ne veut pas sortir, pas se stabiliser, je passe petit à petit au plaisir de chanter, jouer et bouger. Je sais des yeux sur moi (environ 140, selon mes calculs), et c'est assez bon, pas intimidant, plutôt agréable. C'est étonnant, en fait, surtout : qu'ai-je fait pour me retrouver là, au centre de l'attention, l'ai-je vraiment cherchée, précisément, cette attention, ou voulais-je simplement offrir des chansons, de la poésie, je ne sais quoi ? Quelle part y a-t-il d'autosatisfaction dans le fait de s'agiter sur scène ? Bref, quelques questions qui me traversent l'esprit entre deux paroles, entre deux accords : on pense à des tas de choses en chantant.

Où vais-je bien pouvoir trouver mon taxi pour rentrer tout à l'heure ?

Petit à petit, donc, les chansons prennent le dessus, et gagnent, effacent enfin la question du taxi, effacent les allées et venues du serveur de bières : je chante. Parfois revient une histoire d'yeux : suis-je en train de les ouvrir, vraiment, non, ils sont à moitié ouverts, je dois avoir l'air endormi, ouvre-les, regarde au loin, « c'est par tes yeux que tes chansons s'offrent au public », comme pourrait dire -mais dans un vocabulaire à l'ésotérisme plus marqué- ma prof de chant.

Je chante, donc, et m'amuse : certaines chansons, comme A mille lieues, m'apprennent même que je peux parfois avoir un rapport léger avec ma guitare : elle n'est plus une ennemie, dans ces moments, mes doigts et elle s'amusent avec moi. Continuez comme ça, doigts.

Le moment de jouer en trio arrive. Sébastien prend place derrière ses toms, et Guillaume, anti-folk à mort dans sa chemise manche courte à carreaux, tout droit sorti de l'underground new-yorkais, enfourche (?), emmanche (?), embandoulière sa guitare.

Trois chansons, qui débutent par Joli Drame, qui, à en juger par ce que j'entends (ma guitare, ma voix, un peu de batterie à gauche, un tout petit peu de guitare à droite), semble se passer correctement. La suivante, Les mains sur le goudron, une nouvelle chanson, est molle, trop rapide, sans dynamique, légèrement désaccordée. Disons même « ratée » : mais sachez-le, spectateurs du Baiser Salé le 1er mai, sachez-le : c'est une belle chanson (à mon avis). Puis Le Coq nous permet de nous défouler dans un bruit assez important, pliés en deux sur les guitares et énervés sur les baguettes.

Nous sommes dans un club de jazz, j'y pense à ce moment, où les guitares ouaouatent et se distordent : je pense au public assis du jazz. Je pense à la sorte d'impuissance que l'on a à écouter une rythmique insupportablement syncopée, un solo de saxophone haché : c'est une violence faite à un public assis, il ne peut que bouger sans logique, dodeliner de la tête. Se lever n'y ferait rien : on ne peut pas danser là-dessus. C'est une frustration entretenue, une musique qui n'est pas faite pour tourner autour, mais pour sentir une violence bouillir.

Et comme spectateur, j'aime sentir que ça bout.

Alors j'aimerais faire bouillir un peu.

Bref, j'aimerais être John Coltrane.

(j'écoute, en écrivant ceci, l'album Over the sun, dernier de Shannon Wright : je crois qu'on est dans le sujet)



Quelques chansons encore, dont Le temps des sourires version solo, rognée d'un couplet qui ne s'avança pas assez vite sur les lèvres et se fit doubler par le suivant (je sais bien que personne ne s'en rend compte, et c'est tant mieux, mais alors à quoi bon travailler autant les textes ?)

Enfin, sortie de scène avec mon grand orchestre historique : Pierre-Yves, et Un rock, encore, encore.



En écoutant Cinq Fois Novembre, après, je me dis deux choses contradictoires :

1- (pour ordonner mon propos) On a encore du boulot pour sonner comme un groupe, comme eux sonnent comme un groupe : c'est très précis, plein d'idées, de variations, ça ose des envolées instrumentales improbables, et tout ça, c'est impressionnant, est joué ensemble : les descentes au calme, les remontées, les énervements.

2- (partie qui contredira la première, si vous avez suivi) J'aimerais parfois que ça bouille plus (vous dîtes, si vous vous lassez de la métaphore de la bouilloire, hein). Je voudrais que cette précision louée laisse parfois plus de place au foutoir (je le sens venir à la fin d'Assez Paris, par exemple). Quitte à travailler le foutoir. Qu'il y ait un peu de la boue de novembre qui vienne salir un peu, quoi.




Je reviendrai pour deux chansons avec 5x 11 à la toute fin du concert. Aveugle ou presque, en particulier, qui sonne bien maintenant en version disco-punk (oui, on m'a dit ça, « disco », alors je l'écris : c'est n'importe quoi, mais je me sais tellement loin de toute velléité disco que l'idée me plaît assez : je suis coquet).



Et finalement, le taxi je le prendrai sur le boulevard, à coté, en attendant longtemps : il y a un vrai problème de taxis à Paris, mais j'ai lu dans 20 minutes qu'ils allaient y remédier.

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© 2007 Jeremie Jorrand

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