Uploaded on Jul 17, 2007
Lontano ouvre le bal. Ouvre un concert inédit : l'expérience de chansons mêlées, d'un répertoire à l'autre, d'une configuration à l'autre : solos, duos, trios. Il ouvre le bal en solo, plongée directement dans Dehors, et dans cette reprise de Snake Mountain Blues, que Townes Van Zandt ne renierait pas (« n'aurait pas renié » ? Est-il mort, envahi par le whisky, je ne sais pas.).
Voilà donc, mesdames et messieurs, ce soir il y aura cette voix. Et puis je le rejoins pour un duo.
Voilà, mesdames et messieurs, il y aura aussi cette voix. Les bases sont jetées, premier plaisir de mêler nos deux voix sur Cette Larme (et non « Stella », comme un spectateur imbibé de bière le crut.)
Le chant est là, correctement posé, mais le coeur bat encore un peu vite, fait un peu trembler les jambes, rend les doigts et l'esprit fébriles sur la suite.
Il faudra un « bon gros blues » pour se libérer un peu, se laisser aller à frapper la guitare, incarner les paroles, bref, se la jouer.
Car c'est bien cela, interpréter : c'est se prendre pour un chanteur, ne pas faire le modeste, oublier ce flegme que tout le monde nous connaît. Sortir de soi un peu, étonner son monde, ne pas trop se regarder. C'est aussi, parfois, paradoxalement, livrer les paroles comme un texte étranger, ne pas trop y mettre son intimité. Sous peine de gêner l'audience. Je m'en rends compte, clairement, lors de chansons intimistes, qui parlent de peau et de baisers : il faut trouver le lieu où le public saura lire, sans trop nous lire, sans trop chercher à reconstituer notre vie : il faut que ces baisers soient les leurs. Exercice difficile, dosage à trouver : il faut absolument interdire à la larme de couler ; il faut réussir à la faire couler.
Thomas, à la batterie, est entré, et bien entré, les premiers morceaux en trio ont pu prendre leur ampleur.
Et puis on ressort de scène, en pleine montée.
Lontano revient en solo.
On se sent un peu seul sur son strapontin, à écouter d'une oreille les chansons se faire : on voudrait garder la tension, ne pas rentrer de nouveau sur scène vierge des morceaux passés.
Surtout ne pas redevenir spectateur.
Une reprise de Tom Waits, à deux, Chocolate Jesus : je m'amuse avec la voix grave, avec l'anglais aussi (ouais, je suis un chanteur de blues). Manque un peu de rocaille et de whisky dans la gorge, mais j'y travaille.
Un superbe solo inoubliable à la kaboss, guitare malgache dont le principe est de sonner faux quoi qu'on y fasse. Bref, immense moment de rigolade, le public est hilare. Et ça ne fait que commencer.
J'enchaîne avec Un rock, encore, un peu énervé, un peu trop de dissonances et de couinements, mais avec une voix qui donne comme elle doit donner : il est parfois bon de sortir de la voix grave et caressant l'oreille, pour ouvrir la bouche (je vois à ce moment ma bouche grande ouverte, et la colonne d'air, concrètement, remplir ma gorge) et chanter, chanter fort.
Et puis, pour continuer la rigolade : Le Temps des Sourires, parlé, chanté, bas, bas. Je pense à Leonard Cohen jubilant en entendant sa voix amplifiée, sentiment absolument immodeste et qui me plaît et que je partage).
De nouveau : sortie de scène. Lontano en solo, qui atteint le sommet de la poilade en usant de manière éhontée de son kazoo (qui n'est pas un instrument, qui est une sorte de truc pour faire rire).
Et là, c'est l'engrenage.
Lontano oublie les paroles de La Plaine ,qu'il devait reprendre à ma place. Je la chante donc, en me trompant dans les paroles (qui s'en sera rendu compte ?).
Puis une pédale fait des siennes et m'oblige à une chanson bouche-trou toute foireuse, foireuse, vraiment foireuse (de « foire » : lieu où l'on vient pour s'amuser sans réfléchir).
Nous entrons alors dans le final, en trio : Leonard Cohen (la chanson) est un tube. Un tube que les micros capricieux semblent vouloir altérer. Mais on s'en sort comme des chefs.
Nous ne parlerons pas ici de ma chanson yé-yé, Dans une langue étrangère, que nous aurions dû répéter plus de deux fois avant de l'ajouter hâtivement à la liste.
Ah, zut de zut, il n'y a pas vraiment de rappel, c'est frustrant : on avait prévu quelque chose !
Ah, si, une paire de mains s'agite, clappe en rythme : va-t-elle réussir à emmener les autres derrière elle ? Ah, deux paires de mains clappent, et comme les foules sont prévisibles, les autres suivent. On ne se fait pas prier. Et on se lance dans Avalanche, de Shannon Wright. Les deux voix reviennent ensemble, c'est agréable, le doux roulement de la batterie les accompagne, tout est calme.
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