To listen to this audio clip you will need to upgrade Adobe Flash Player
To listen to this audio clip you will need to install Adobe Flash Player
Marc-Henri Lamande est pianiste et acteur.
Il est depuis six ans conseiller artistique du festival d'été "SOUFFLEURS DE TERRE" qui se tient à Eymoutiers (87) chaque année en juillet/août.LE CAVEAU DE FAMILLE
Le caveau avait été ouvert. Evénement. Nous connaissions le raccourci. Eux passeraient par la grande porte d’entrée pour faire enregistrer le convoi. Avec la chaleur ! Nous étions en avance mais pas seuls : deux fossoyeurs bleus, bassins adossés à ma famille. Depuis le temps que nous payons dîme dans cette contrée, j’appréciai de les voir ainsi appuyés à leur labeur, c’était une labeur-partie à laquelle ils conviaient. Nous engageâmes conservation pour pousser le temps et le lieu. Je n’ai aucun humour lorsque j’écris.
Je dis qu’on connaît le raccourci, on arrive dans la contre-allée par un chemin plus court, certains prennent celui d’en haut ou le biais qu’ils préfèrent, et c’est leur droit, d’autres préfèrent gravir par le bas. Le devoir est indiqué partout par des lignes perpendiculaires, des allées, des carrés, des longes numérotées, pas de courbes, ils n’aiment pas ça. L’univers n’est pas droit. La peur tente depuis des siècles de nous faire aller vers la sécurité mais c’est au fond de nous peine perdue, nulle peur, ne se meuvent que cartilages empruntés, dignité insaisissable, amour martial et non martien. Peu nous invite au sommeil et nous apprend l’amour.
Pour l’humain l’amour aura d’abord deux jambes.
...................................................................................................................
CREATIONS :
_ LE COLONEL SUSPICIEUX
créé au festival Artooz Limoges - création musicale Marc Roques :
http://wisho.free.fr/colonelweb/
http://remblaiement.free.fr/textes/le%20colonel%20suspicieux.htm
_ voir aussi le texte matériau du COLONEL SUSPICIEUX
http://remblaiement.free.fr/textes/texte%20materiau%20COLONEL.htm
_ TRISTAN L'ENFANT JAUNE
créé à Boulogne sur Mer - création musicale Cyriaque Bellot :
http://remblaiement.free.fr/audio/Tristan%20l'enfant%20jaune/
_ CHACUN SA MER
créé au festival Artooz Limoges - tryptique vidéo/sonore Wild Shores :
http://wisho.free.fr/chacun_sa_mer_audio/
_ LES TEXTES TUNISIENS - OPTOPHONIA
créé au Théâtre Le Colombier Bagnolet - création vidéo/sonore du collectif Wild Shores
sera joué au CUBE à Issy les Moulineaux le 22 octobre 2009 à 20h30
http://www.virb.com/ws_optophonia
_ autres textes :
http://remblaiement.free.fr/textes/
................................................................................................................................................................................................
Nous voici près des deux fossoyeurs auxquels je demande s’ils sont là pour une inhumation. Non, me répondent-ils, on fume une cigarette. Nous en allumerons donc une aussi, fis-je en mimant de le faire. Mais ce n’était pas l’heure. Nous sommes bien là pour une inhumation. Oui. Ce oui sentait bon, l’air sentait bon, il faisait beau, chaque fois qu’on accompagne un parent vers cette demeure, il fait beau. Comme disait Antonin, « il fait étrangement beau, car il ne peut plus maintenant que faire beau ».
Le petit bonhomme qu'elle a créé continue son chemin, intégrant en lui l’arbre bleu qu'elle lui a légué. Maman est morte, on dirait le début de "L'Etranger" mais c'est pourtant bien réel, enterrement lundi dernier, serein, sans douleur, presqu'une fête, c'est curieux à dire mais j'ai salué mes ancêtres à l'ouverture du caveau, j'ai vu mon grand-père qui ne m'a jamais vraiment vu, mon père, dans l'ordre des morts, comme dirait Régy, ma grand-mère et ils ont déposé maman à la quatrième place, celle vacante.
Tout était en paix, je me suis penché dans le Gaveau, la moitié du corps au soleil pour voir les quatre réunis, et je leur ai dit merci pour cette vie. Mon fils et mon neveu s'étaient placés derrière moi, dans l'ordre spontané des vivants, plus loin étaient les regards, les fleurs et certains sourires attendris et profonds.
Le caveau était ouvert et ça faisait du bien. Nous n’approchons pas encore de la béance. Nous nous regardons, nous les vivants, d’être là intimes. Le moment dure. Je dis à Mehdi de prendre une photo. Un des fossoyeurs prévient que « normalement » cela n’est pas autorisé. Je dis à Mehdi que s’il dit « normalement » c’est que c’est « toléré ». Il hésite, je tourne l’œil pour faire la somme des regards et fais signe à Mehdi qui l’avait déjà faite qu’il pouvait la faire. On a fait tous semblant. Les vivants souriaient en rangeant leurs corps sur le côté par fausse pudeur ou terminaient leur cigarette. J’ai aimé que ma sœur fume une cigarette à cette place et avec nous. Je me suis dirigé vers le caveau ouvert et je les ai vus au jour. Je vis le bois que je sais. Nous avons vécu avec et parmi eux. Seul le grand-père décédé en 1955 savait qu’ils giraient ensemble.
Grand-père Henri se présente au regard gauche en haut, il fait grand soleil, l’ombre n’est pas aussi agressive qu’à l’enterrement de son fils. A côte, je veux dire à la place voisine du haut, l’espace en béton propre est vide. C’est là qu’ils la mettront. En dessous deux cercueils, mon père à gauche, sous son père, je reconnais le bois et les poignées respectueuses, il y a la plaque en cuivre vierge de toute inscription sur laquelle j’avais déposé en 1979 un baiser tendre d’orphelin, et, sur le côté, en bas, sa mère, je veux dire l’épouse de mon grand-père Henri, Marcelle, la mère de mon père, ma grand-mère limougeaude.
Je n’ai pas saisi l’ordre avec lequel les générations ont enseveli nos morts. Dans mon souvenir, Henri était en bas à gauche, seul au début. Mon père l’a rejoint en premier. Comment disposent-ils les morts quand ils ne savent pas combien ni quand il y en aura ? Une chose est sûre : quand Marcelle, la mère de mon père est morte, elle a été mise au mieux, où elle a voulu. Parce qu’il y avait tellement d’amour éparpillé entre nous qu’on se retrouverait toujours. Ils pouvaient comme ils voulaient, ils se trompaient toujours. Ma sœur dit qu’ils ont tout chamboulé à l’enterrement de la grand-mère en 19.. !!? Ils auraient changé les cercueils de place, allez savoir pourquoi. Comme un jeu de construction. Tant et si bien que lundi dernier, la place libre que ma grand-mère m’avait désignée comme étant la mienne, celle en bas à droite, était prise ! Et par qui, je vous le demande, par elle–même. Il y a tant d’amour, de respect derrière ces paroles. Mais je pose une question. Qui a mis ma grand-mère à ma place. Est-ce l’ombre, est-ce la lumière ? Mentent-ils pour nous épargner ? Ou nous considèrent-ils comme eux-mêmes à tel point qu’ils se mentent pour conforter la vie et tromper la mort, ainsi s’enfantent-ils.
Les choses se posent ainsi éternellement. Si vous regardez le Gaveau de face, quand il fait grand soleil, vous pouvez voir cet ordre : il a quatre places, deux en bas et deux en haut. Comme dans un compartiment de train. En haut et à gauche, ainsi que le noterait un huissier, trône un cercueil imposant mais tranquille, à peine terni par quelque salpêtre : Henri, le père de mon père. Sous lui repose son fils, mon père, Gabriel, Charles, Robert. De l’autre côté sont les femmes, en regard. En bas, Marcelle, épouse d’Henri, mère de mon père, ma grand-mère donc, et à sa vue, celle en qui mon grand-père croyait, avait misé, Claire, épouse de son fils, ma mère décédée trois jours plus tôt que ces lignes.
Ainsi tout est bien : Henri est aux côtés de sa belle-fille, ma mère, épouse de son fils, et ils ne se chamailleront pas. Ma mère peut voir latéralement son beau-père, et considère son mari en dessous, et par en dessous ils ne se chamailleront pas. Mon père Robert a son père au dessus, sa mère à ses côtés et la femme qu’il aimait au dessus de sa propre mère qu’il aimait aussi. Je conjugue les places, le tour n’en finit pas tant il est ordonné : ma grand-mère Marcelle gît aux côtés de son fils, ne voit pas sa bru et surveille du coin du fémur son mari dans un propos éternel.
Voilà ce que j’ai vu et sachant les volontés de ma mère qui ont toujours été ultimes et irrémédiables, tant cette femme n’agissait pas à la légère, je suis sûr qu’elle est bien, avec les deux alliances qu’elle porte au doigt pour ce jour et pour tous les autres, mon père aurait fait pareil. Elle est en paix, je le sens, elle a vraiment réglé ce qu'elle avait à régler avant de nous quitter mais elle ne nous quitte pas vraiment ; elle a fait sa vie et est partie sereinement : elle est en nous maintenant, en ceux qui l'aiment et ils se souviendront d'elle toujours.
Si Henri se retourne, il sera porté à sourire, Marcelle n’y verra que du feu car on a mis au sol quelques crottes en chocolat, tendre plaisir colonial. Mon père voit sa femme en respect de sa mère et sans passer par dessus car il y aurait trop à faire, sa femme est là, près de son père à lui et je ne trouve pas de malice à cette imposition. Marcelle siège fière et bonne femme et s’abandonne d’autant mieux.
Tout est calme et dénué de toute affectation. La famille remonte.
Séduit par cette définitive trace, le soleil dardant moins que pour l’enterrement de Robert, je serais resté des heures en leur compagnie mais dans ces moments apaisants tout va vite et il nous faut presser les sentiments qui sont luxes de chairs réelles. Je me tourne pour venir à la lumière qui reste à vivre, accompagné d’amour, et vois mon fils radieux adossé au gaveau d’en face, à ses côtés mon neveu, David, fils de ma sœur, qui, même lorsqu’il ne sourit pas, émane de l’intérieur un appel d’œil. Nous sommes d’accord : nous sommes bien parmi eux.
Me relevant je vois toue la lumière autour, celle qui décline devant l’inéluctable, devant le parfait. La vie semble enfin importante. Sortie des cloisons pour un instant ou bien est-ce notre perception qui en accepte le franchissement accidenté ?
31 août 2009 – Cimetière de Louyat - LIMOGES
................................................................................................................................................................................................
ACTIONS :
_ SHAKESPEARE_TO_PEER 2008
mise en scène de la tragique histoire d'Hamlet avec la Cie 7AC - festival d'été Souffleurs de Terre Eymoutiers 2008 :
http://souffleursdeterre.com/blog/index.php/?2008/09/10/16-shakespeare_to_peer
_ Festival d'été SOUFFLEURS DE TERRE
organisation depuis 2004 - EYMOUTIERS (87) :
pour consulter la programmation 2009 :
http://souffleursdeterre.com
_ "DIEU, QU'ILS ETAIENT LOURDS !!!..."
d'après les entretiens radiophoniques de Louis-Ferdinand Céline
mise en scène Ludovic Longelin - création à Boulogne s/Mer 2007
http://remblaiement.free.fr/audio/CELINE/
voir aussi dans la rubrique VIDEO au bas de cette page les extraits 1. 2 . 3 . 4 :
http://souffleursdeterre.com/blog/index.php/?2007/08/26/10-dieu-qu'ils-etaient-lourds
Ce spectacle a été joué à LA MANUTENTION - Salle de l'AJMI du 8 au 25 juillet 2009 à 16.15 - salle climatisée du 1er étage - Festival AVIGNON Off voir info complète en bas de page
Il sera programmé au Théâtre des Sablons - Fontainebleau les 4 et 5 décembre 2009 à 21h
_ LA CHAIR DE L'HOMME
extrait du texte de Valère Novarina / entendre :
http://remblaiement.free.fr/audio/NOVARINA/
sera créé au Théâtre des pipots - Boulogne sur Mer le 26 février 2010
_ ARTO TOTEM
d'après l'oeuvre d'Antonin ARTAUD
création Nuits de Granit - Andrée Eyrolle - île de Vassivière 1991/92/93 - création musicale WILD SHORES :
http://remblaiement.free.fr/audio/ARTAUD/heloise et abelard.mp3
http://remblaiement.free.fr/audio/ARTAUD/qui je suis....mp3
_ Tribute to Antonin ARTAUD - 2007
création VulturesMusik - péniche El Alamein, au piano Maja Elliott, au violoncelle Louise Chirinian :
http://remblaiement.free.fr/audio/ARTAUD/
_ LA MODIFICATION de Michel Butor - 2007
création Cie Le Square - Gare-au-théâtre
mise en scène : Aurélia Stammbach
http://fr.youtube.com/watch?v=rVWN2Hs__Gs
_ MARIA REPUBLICA de Augustin GOMEZ-ARCOS - 2009
création Cie Le Square - Théâtre de l'Epée de Bois du 25 au 28 juin 2009
mise en scène : Aurélia Stammbach
http://remblaiement.free.fr/photos/maria-republica/Maria%Republica%20DC%20060509.pd
_ Interview sur RADIO BLV - Avignon - juillet 2009
par Jean-Louis DUMAS
http:http://remblaiement.free.fr/audio/01%20radio%20valence%202009.mp3
_ L'EUBAGE de Blaise Cendrars - voix MH Lamande
création sonore WILD SHORES
a été créé au Centre G Pompidou le 24 octobre 2009
http://virb.com/eubage
................................................................................................................................................................................................
Dec 4 |
Fontainebleau FR |
12:00 pm |
|
Dec 4 |
Fontainebleau FR |
09:00 pm |
|
Dec 8 |
Boulogne FR |
11:00 am |
Oct 9, 2009
"C'est une âpre et explosive merveille... une grande claque dans la gueule, cette ouverture, comme chaque fois - de plus en plus rares les fois - qu'on est confronté à une déferlante beauté dans la langue et qui hurle poésie au plus haut, c'est-à-dire portant …
Oct 9, 2009
Je trouve ton texte sensuel, c’est un texte pour l’oreille, on a envie de l’entendre. Il y a des moments où je ne comprends pas tout. C’est un peu ésotérique. Je les lis à voix haute et je comprends mieux. Je n’arrive pas à dissocier le fait que tu sois …
Sep 17, 2009
Cher Marc-Henri,
Je te remercie de tout cœur pour avoir pensé à moi, en m'envoyant le
texte de Céline que tu as merveilleusement interprété à Avignon cet été.
Il nous a profondément touchés, émerveillés, vraiment. Même si, comme une
comète qui …
Apr 24, 2009
Auteur de textes originaux dans le fond et la forme, se jouant avec une rare aisance des subtilités de la langue française, Marc-Henri Lamande est également le fondateur du Festival « Souffleurs de Terre » qui se tient chaque été en juillet/août à Eymoutiers en …
Feb 9, 2009
Bravo Marco, nous avons adoré en prendre plein la poire.
Comme dit le chorégraphe Daniel Dobbels continuons à rester gaiement "hors du coup" et ne pas avoir pignon sur rue. Chaque sortie n'en est que plus belle. Rares sont les acteurs à s'être frottés à Artaud …
Feb 9, 2009
Hello hello!
Sorry for my delay! ( I´ve had the flu and been in bed 5 days!!). Yes, I listened to the recording. I think the 2 improvisations on the 2 poems worked very well! You read the text so beautifully too ! Thanks by the way for your kind comments about my …
Feb 9, 2009
Les textes que tu m'as fait lire confirment la haute opinion que j'ai de toi.
"Chacun sa mer" est d'une époustouflante richesse, suivant, il est vrai, le même type de "structure" que "Tristan" : vrai poème déguisé en faux récit, que d'ailleurs tu sembles …
marc-henri lamande, May 11, 2009:
http://souffleursdeterre.com/blog/index.php/?2009/04/26/18-la-programmation-2009
marc-henri lamande, Apr 26, 2009:
marc-henri lamande, Apr 24, 2008: