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Posted on Nov 14, 2007

nicholson lance son blogue de chanson pop instrumentale et son manifeste !!

j'ai revu un intretien qui avait été filmé l'été à marseille, entretien entre borey sok - jeune homme fort symthatique sortant de je ne sais quelle grande école - et moi post-jeune sympathique allant à l'école tout les jours.
durant cet entretien notre ami borey, m'a vivement conseillé de me rapprocher de mes fans (hou hou où êtes-vous vous les fans ??) pour établir une connivence artistico marketing.
borey m'a également conseillé de faire un blog de moins de 10 lignes.
là dessus, aujourd'hui ça tombe mal, parce que j'ai prévu de mettre dans mon blog, un truc de 1 000 000 de caractères rédigé en 2003 et pompeusement appellé "pour un manifeste nicholson" . t'as compris coco, ici ça déchire le blog.
ça donne ça; vous mettez un bon morceaux de sweet smoke dans votre ipod et vous lisez ça!!!


Pour un manifeste nicholsonien (Mars 2003)
Préambule
Ce manifeste est né de la volonté d'éclaircir la démarche artistique d'un groupe. Il s'agit d'un éclairage annexe aux travaux de production musicale, et non pas d'un prolongement. Ce manifeste ne sert donc pas à dire ce que l'on ne peut mettre dans nos titres. Sa fonction est ailleurs. Nous sommes attachés à la notion de débat, de discussion : il est donc l'éventuel catalyseur d'échanges autour des thèmes abordés dans nos chansons.
Précisons encore deux points. D'une part, nous souhaitons que l'écoute de notre musique puisse se faire sans passer par la case « manifeste ». En ce sens notre démarche n'est pas intellectualisante, mais réfléchie et argumentative. La musique existe en elle même, et pour elle même, elle ne doit pas être accompagnée d'un verbiage pompeux. Le manifeste n'est pas une notice explicative des chansons.
Son utilité réside simplement dans l'ouverture à d'autres pistes. Pour ceux qui souhaitent donc s'y intéresser tant mieux.
D'autre part, nous cherchons à mettre en avant le rôle primordial du texte. Or, comme vous allez pouvoir le remarquer, nous ne voulons pas entrer dans la catégorie « nouvelle chanson française ». Ce désir de distinction qui apparaît clairement par la suite peut sembler, par moments, violent et excessif. Bien que cela ne soit pas notre objectif. S'affirmer n'est pas un exercice forcement calme.


Parole, parole, parole
Aujourd'hui, quand on parle de musique, on évoque des titres, des morceaux, des numéros sur un cd, mais finalement la notion de chanson, elle, est de moins en moins mise en valeur. Or dans chanson, il y a un éclairage des choses bien particulier autour des mots .... chant et son.
Le chant passe par l'écrit ; écrire c'est comprendre, découvrir où l'on veut en venir, défricher le terrain, mettre en place sa pensée.
Il n'est d'ailleurs pas interdit de penser que cet exercice peut devenir castrateur, soit quand l'auteur est trop lucide (c'est quoi ce texte de merde que je suis en train de faire ! ?), soit quand il est incapable de s'exprimer par des mots. Alors la chanson se réduit à un exercice sonore. Cette option ne correspond pas à notre approche. Non pas que l'exercice instrumental soit un sous-exercice, mais comment alors expliquer que l'on puisse se priver de texte ? Comment peut-on faire un morceau instrumental tout en soulignant l'importance du message en l'intitulant par exemple « le maire de Venise » (une chanson du groupe français Tommy Hools): ce titre est à première vue plus en rapport avec son carnaval qu'avec un hommage à un homme politique anti-mondialisation, en l'occurrence son maire ; où est la logique ?
Nommer la chanson ne suffit pas. Il faut du texte pour donner du sens.

Le vrai faux retour de la chanson française
Une fois admise l'importance des paroles, encore faut-il se mettre d'accord sur l'idée d'une « chanson à texte ». Quel est le rôle du texte dans les chansons aujourd'hui ? Est-ce que le texte met du « sens » dans la musique ? Qu'est ce que le « sens » en musique ? Cette problématique est importante à nos yeux, car nous assistons à l'heure actuelle à un mouvement: « le retour de la chanson française », dont nous avons beaucoup de mal à nous sentir proche, alors même que le texte revêt pour nous une importance centrale. Notre objet est donc de définir et de défendre notre approche du texte dans la chanson.
Le cadre de notre démarche est encore peu développé dans le champ de la musique, car il se base sur de nouveaux thèmes abordés.
En ce sens notre propos est un manifeste. Poser les grands lignes d'un projet artistique, qui souhaite devenir fédérateur.


Musique de variété et musique underground : même combat
Pour cela nous devons revenir sur l'opposition qui structure la musique en France, et qui permet de comprendre ce que l'on admet généralement par « chanson à texte » : la musique de variété versus la musique underground.
En effet, dans le cas de la langue française, la première option, lorsque l'on choisit de garder du texte, est celle du divertissement. On appelle cela de la variété, ou de la chanson populaire. Cette forme musicale est très souvent montrée du doigt par ceux qui se revendiquent de la musique à texte, que l'on va appeler la musique underground. Certains auteurs, ou critiques musicaux, vont alors parler de « textes de merde », « sans profondeur », « vulgaire », de « pauvres poètes à deux balles » qui feraient bien de se tirer la troisième dans la tête. Pour autant, et en y regardant de plus près, qu'ont donc fait de mal ces auteurs au verbe mou et gras ? En étant aussi radicaux, les auteurs/critiques qui se veulent undergrounds ne seraient-ils pas plutôt en train de se tirer la balle en question dans le pied ?
Il y a en effet un petit problème dans l'approche critique de la variété, lorsque l'accent est mis sur la pauvreté du discours. Les thèmes des chansons populaires se trouvent toujours être dans un ensemble de conceptions/visions des choses partagées par l'auditeur. Ces thèmes fonctionnent comme des prénotions littéraires. C'est-à-dire des images, des symboles qui renvoient à l'inconscient culturel des amateurs de musique, ce qui a pour avantage la compréhension des auditeurs autour du récit chanté (par exemple, si Renaud a connu un succès énorme avec son titre Manathan-Kaboul, c'est bien parce que les idées de justice, de paix, d'amour sont partagées à la fois par l'auteur et par celui qui écoute).
Or, de nos jours, les thèmes abordés dans les chansons populaires sont ceux de tous les autres styles musicaux.
La question n'est pas de savoir si l'on est plus sensible à telles ou telles formes, figures de style, voire vocabulaire, car le propos est strictement le même : description de la réalité, véracité des propos, métaphysique de l'homme contemporain, c'est-à-dire, pour résumer simplement, authenticité, amour, et justice (Manu Chao et Renaud, c'est idem).
Trouvez-moi un seul texte qui ne parle pas d'un de ces trois thèmes : authenticité, amour et justice.
Notre discours pourrait être toutefois mal interprété. Précisons. Ce n'est pas parce que les individus partagent aujourd'hui des valeurs communes (être heureux, vivre bien, être soi même, avoir de la personnalité), que les différences entre groupes sociaux ont disparu. Mais de quelles différences parle-t-on? Personne ne peut nier que des origines sociales amènent une socialisation différente, ainsi que des parcours scolaires, et des réussites professionnelles différentes, marquées par la reproduction sociale. Mais nous ne pouvons analyser ces distinctions comme distinctives dans le champ de la musique, elles ne créent pas un fossé incommensurable dans l'ordre des thèmes musicaux. La culture ouvrière a disparu, pour faire place à un ouvrier consommateur moderne comme les autres.
Cette conclusion nous permet alors de comprendre pourquoi la house music a été aussi facilement phagocytée par la musique de dance. Parce qu'il n'y a pas de différence entre les paroles des masters at works et celles de pop stars. Ce qui permet également d'expliquer le succès du R'n'B aujourd'hui, musique à la fois vantée par le beauf de base et les Inrockuptibles.
Ainsi, si l'on se réfère à l'idée de l'importance du texte en musique, il n'y a pas d'opposition entre texte variété et texte underground. Les thèmes sont les mêmes. Je suis désolé pour Dominique A, mais, hormis des figures de styles, rien ne le dissocie des orgasmes vocaux de Céline D. En fait, en tant qu'auteur, il y a une difficulté certaine à faire autre chose que de la chanson « moderne ». En gros, il est difficile de ne pas être de son siècle, de ne pas être moderne, c'est-à-dire de ne pas avoir en tête les valeurs de la modernité.
L'innovation musicale se limite alors à des figures de style.
Brel, Ferré, Renaud, Brassens ne se sont pas embourgeoisés parce qu'on les enseigne à l'école. Ils renvoient donc à des problématiques communes. Il y a une véritable universalité du discours autour des valeurs modernes. Comme dernier rempart à cette universalité du discours certains tentent une ultime diversion en disant "attention, tout se vaut, ça fout le camp". Ils sont encore dans une problématique old school, et pensent que les Ntm ne valent pas Prévert. Attendons quelques années pour voir un lycée porter leur nom. Tocqueville avait raison.
Prévert, NTM et DePalmas même combat.

En résumé, si nous défendons le texte dans la chanson aujourd'hui nous le faisons comme une critique de la critique. Il n'y a pas de rejet de la variété et encore moins une volonté d'être underground. Aujourd'hui, la seule caractéristique qui fasse de nous des auteurs undergrounds est que nous n'avons jamais vendu le moindre disque. Point.

En poursuivant notre analyse, la perspective de défendre une chanson à texte nous oblige donc à comprendre notre éventuel/hypothétique rattachement à l'underground français, généralement le seul cadre symbolique d'une telle démarche.
Regardons au plus près ce que sont les préoccupations artistiques de ce dernier. Et comprenons bien nos différences.
Une fois nos différences mises à jour, nous développerons notre démarche.

Musique underground et définition de l'innovation musicale
Partons ensemble à la découverte de l'innovateur underground, dynamiteur des abominables formats du mainstream.
Premier souci de l'innovateur, comment faire du nouveau lorsque le principe même du moderne est la nouveauté ? D'où provient alors le classique, celui qui fait référence ? La music pop serait-ce du bidet, ou du lavabo ? Lagaff ou Duchamp ?
Si tout change, rien ne change. C'est bien là le problème, qui selon nous limite sérieusement la question de l'innovation en musique. Comment alors détourner le problème ?
L'innovateur n'est plus celui qui le dit, mais celui qui est présenté comme tel.
Le rôle de l'auteur, compositeur comme innovateur se conjugue essentiellement à celui des journalistes et des autres artistes. Ainsi peut-on affirmer à la lecture du NME/ Inrocks que les Libertines ou les Kills sont les vrais rockers de demain. La question se transforme en : qui va désigner comme innovateur le journaliste de pop music ? La réponse est attachée à la séparation « populaire versus non populaire », qui est celle de « beaucoup de ventes versus peu de ventes ». Celui qui ne vend pas est simplement en avance sur son temps. Cette démarche est inversement la même dans l'univers promotionnel de la variété, où ce qui est bon se limite non pas cette fois au critère d'innovation mais à celui de la vente.
L'innovation se définit donc dans des élites culturelles, qui vendent peu, et se transmet alors selon un schéma démocratique dans la foule populaire des anonymes, où les ventes par définition sont plus nombreuses. Certains franchissent le Rubicon de la notoriété/variété, d'autres non et deviennent les éternels outsiders (the Go-Betweens / Suicide par exemple). Malheur donc à Daft Punk, et bien d'autres avant eux, moqués par ceux qui ont écoutés/achetés jadis leurs premiers vinyls, lorsqu'ils apparaissent aujourd'hui sur des compilations « tuning ». Qui proclame encore que les Dafts sont toujours innovants ?
La séparation variété-underground est un artefact entretenu par les intérêts de chacun. La presse française a une fâcheuse tendance à se moquer de ses homologues britishs pour leur fabrication de la hype, mais fait-elle autre chose ? Comment peut-on raisonnablement parler de retour du rock aujourd'hui avec ses affreux Hoggboy ?
Si au premier abord, le problème de la variété n'est pas l'innovation mais le chiffre d'affaires, tandis que le problème de l'underground n'est pas le chiffre d'affaires mais l'innovation, il s'agit là d'une belle stratégie marketing. Quelle est la différence entre la promotion de Madonna et celle de Mirwais ?

Musique underground et styles musicaux en marges
Véritable paradis du « pas comme les autres »,tel est l'underground.
La question d'une musique « pas comme les autres » est : comment faire de la musique en opposition aux styles mainstreams ? La problématique devient celle d'une culture underground qui est une contre-culture. C'est-à-dire une culture en opposition à celle de la masse. Cette démarche aboutit à l'essor de styles musicaux marqués par une contestation radicale.

Développons cette approche.
Chez nos cousins les plus connus de la perfide Albion, Herbert ou Empire, il y a une volonté de se distinguer du mainstream, ok. Cette distinction passe par la création de sons nouveaux, appelés sons concrets : bruit, craquement, qui une fois samplés et filtrés deviennent une caisse claire par exemple, ok. Le fond de leur approche est assez est simple : il existe une industrie musicale (avec de méchants capitalistes) qui fabrique des produits en masse et rapidement obsolètes (pour des musiciens citoyens aliénés par la société de consommation de masse). Le choix de son « concret » est donc mené contre les sons préprogrammés des instruments de production et consommation de masse, ok. Ce qu'oublient nos deux amis, c'est que sans production de masse, la musique serait restée une activité marginale, dont ils seraient les derniers à en tirer profit, ok. Ce qui ne tient pas dans leur positionnement c'est de vouloir à la fois bénéficier de l'étiquette d'artiste engagé, ce qui est caractérisé par l'unicité et l'originalité de l'oeuvre, le tout placé dans un discours prônant l'émancipation des hommes, et critiquer ce qui fait que la musique peut être, aujourd'hui en occident, une activité partagée et pratiquée par tous. En fait, bien qu'ils se revendiquent comme démocrates, ils ont du mal à admettre la démocratisation des pratiques musicales. Ce qui est paradoxal ! Pourquoi sont-ils contre cette démocratisation ? Parce que, selon eux, c'est un leurre ! En effet, à la question de savoir pourquoi, alors que tout le monde a la possibilité de sampler le bruit d'un pet pour faire une grosse caisse peu le font, la réponse pour nos deux compères tient en un concept très simple: l'aliénation capitaliste. Celle-ci peut se définir brièvement comme la capacité du système capitaliste à faire faire aux individus des choses « négatives » pour eux sans qu'ils s'en aperçoivent. En résumé, la société crée du leurre et aliène les individus qui pensent être libres, mais qui ne le sont pas ! Cela devient sacrément compliqué d'expliquer la musique. La société est donc divisée en trois groupes : les méchants, les gentils artistes et les aliénés. La minorité des artistes sait les choses tandis que les autres ne les savent pas. Problème, selon quels motifs elle même ne serait-elle pas aliénée ? Pourquoi n'est-elle pas victime du leurre ? Au nom de quoi est-elle au-dessus des autres ?
Bref, la contre-culture manque sacrément de rigueur.
Nicholson n'est pas contre, mais ailleurs. Pour reprendre Bourdieu, nous considérons que la contre-culture ne procède d'aucune invention, originalité, c'est le miroir inversé d'une culture dominante (dans la musique : la culture mainstream), dont elle ne peut se démarquer sans perdre son sens. Omnibulée par la contradiction, elle est basée sur le phénomène de la sentence unilatérale, du péremptoire. En effet, qui sait mieux que le contre cultureux ce qui est mal dans la société ? Qui peut lui contester la légitimité du discours critique ? Personne. La contre-culture ne cherche pas ailleurs. Elle est vide de sens et ne peut dépasser ce qu'elle critique ouvertement. C'est cette incohérence qui permet aux artistes contestataires de faire tout et son contraire. Quand Moby se gave en vendant sa musique pour la publicité, quel est son argument ? Autant que l'argent rentre dans les poches des justes de la musique moderne ! !?
Le slogan, inspiré d'un pseudo situationnisme mal digéré, de cette contestation radicale, est alors « j'encule celui qui m'encule ».
Enculons nous donc à tour de bras. La technique du petit train est une philosophie bien acceptable chez Didier Lestrade, mais hors de ce cas, ça part vraiment en couilles, c'est le cas de le dire.

Cohérence paradoxale et contestation radicale
Sur ce point de l'opposition à la contre-culture, nous cherchons au contraire l'évidence paradoxale.
Cela consiste à développer une musique dans laquelle l'auditeur puisse rentrer sans heurt, il n'y a pas de volonté de défense de style, de chapelle musicale, et donc pas d'extrémisme à afficher. C'est-à-dire pas d'extrême mélodique, ni rythmique, ni harmonique. Il faut une fluidité, de l'efficacité, des plages mélodiques. Le texte doit servir la musique, et inversement. La recherche du nécessaire et de l'utile. Nous avons été baignés par la musique pop occidentale, il nous est donc difficile de nous départir des trois accords binaires employés en boucle depuis les Beatles, mais la seule contrainte fixée est celle de la non-répétition des schémas mélodiques et harmonieux utilisés par d'autres. Précisons davantage pour éviter d'être prétentieux, des schémas qui sont restés dans la mémoire collective musicale.
En ce sens, l'approche de Gainsbourg nous semble primordiale, développer des thèmes sur des formats accessibles à l'oreille de tous, et y rajouter sa touche personnelle. Pour lui, une voix qui susurre des mélodies, des techniques d'écritures maîtrisées sur le bout des doigts.
Pour nous, cela doit être de l'inhabituel dans du connu. De l'inconnu qui devient familier. Des thèmes pops sur des rythmiques funks, de l'électronique et du folk, des guitares rocks et des beats hip hop, des textes sombres sur des mélodies enjouées. Il faut une écoute qui donne l'impression de connaître sans pouvoir classer, des références qui diffèrent radicalement selon les personnes qui écoutent nos productions. Voilà ce que l'on peut appeler l'évidence paradoxale.
Mieux vaut une évidence paradoxale qu'une contestation radicale.

Musique underground et sens des paroles
Une fois éliminé le problème du style musical, accordons-nous sur l'idée que la chanson à texte est celle qui met du « sens dans la musique » ; mais de quel sens parle-t-on ?
Pour ceux qui se revendiquent de la musique à texte, la variété n'évoque rien du sens de la vie. C'est bien connu et c'est d'ailleurs pourquoi De Palmas ou Renaud vendent des millions de disques, parce qu'ils ne racontent rien aux gens. Très logique.
Mais quel est donc cet étrange concept aux vertus intellectuelles, grand maître ? Commençons d'abord par distinguer deux utilisations du mot sens. D'une part, le sens comme oeuvre poétique, d'autre part le sens comme discours contestataire et politique. Nous allons voir cependant que ces deux approches ne sont pas si éloignées que ça.
Ah, le poète, cet auteur sensible, fils de Baudelaire et Léo Ferré. Pourquoi le poète est-il sensible ? Car il est authentique, vrai. Pourquoi est-il authentique et vrai, car il fait preuve de sensibilité. Magnifique démonstration. D'ailleurs souvent, il se suicide sur la fin. Alors petite devinette, pourquoi céline D. n'a pas droit au qualificatif d'interprète authentique ? Pour expliquer cela, il y aurait chez les auteurs façon « sens » une catégorisation à faire entre vraie chanson et fausse chanson, bonne chanson et mauvaise chanson. De la même façon qu'il existerait des vrais besoins économiques (j'utilise une 4L pour aller travailler) et des faux besoins économiques (j'utilise une porsche carrera pour aller travailler). Il existerait des chansons de poètes (Souchon/delerm/têtes raides) et des chansons de merde (Fabian/pop stars). En gros, on peut tolérer le cousinage de J.Dutronc, mais pas de P.Fiori. Au nom de quoi ? La réponse nous effleure la nuque (avant de la couper façon Pol Pot) : l'aliénation. Le retour. Le terme fait donc figure de proue du discours underground, on peut le constater. Vous qui achetez vos disques de Johnny à carrefour, vous êtes aliénés mais vous ne le savez pas. Ignorance qui est le principe de base de l'aliénation. Vous faites l'achat de disques de merde caractérisés par des textes de merde sur des thèmes de merde. Deux conclusions sont à tirer. Premièrement vous êtes aliénés et ne connaissez pas les vrais canons de la poésie ; car c'est bien le style qui distingue le poète des autres. La maîtrise de l'écriture lui permet d'être au-dessus du lot, ce qui justifie alors son introduction dans le programme de français de la classe de première. Deuxièmement, la question qui vient alors à l'esprit est : comment ne plus/pas être aliéné ? Mais c'est bien sûr, par le travail citoyen de l'artiste engagé, le chanteur « à texte » qui signe d'un Z qui veut dire Zigouiller. Le thème de l'aliénation revient ici alors qu'il a déjà été abordé plus haut dans le cadre de la recherche stylistique. On voit donc que le fond (texte) et la forme (musique) sont étroitement liés dans leurs significations respectives. La forme c'est le fond qui remonte à la surface (Victor Hugo).
Après le renouveau de l'artiste chanteur poète, nous voici donc arrivés au renouveau du chanteur militant à texte, et donc à sa nouvelle figure : le « chanteur citoyen ».
Là où se cache un poète, il y a un militant moderne.

Oh, l'ami rebelle, auteur enragé, engagé, porte-drapeau des malheurs universels de ce bas monde. Toi qui sais, dis nous tout. Explique nous en un slogan, pourquoi les méchants ne sont pas gentils, et les gentils sont exploités par les méchants.
Soyons clairs, qui peut ignorer aujourd'hui que l'on peut mourir de faim/froid en France, que le racisme, l'antisémitisme, les délits de faciès font partie de la panoplie du bon français ? Qu'il existe une reproduction des inégalités sociales qui commence dès l'école, véritable usine à fabriquer des névrosés. A commencer par les profs. Personne ne peut ignorer tout cela. Alors, à quoi peuvent bien servir ces leçons de morale dignes d'un catéchisme du début du 20ième siècle ? Pourquoi sommes-nous depuis 200 ans en train de dénoncer l'écart entre démocratie réelle et démocratie formelle ? Si Marx a encore un rapport avec l'actualité, c'est moins pour la pertinence de ses analyses que pour la pertinence de ses questions.
La société moderne est une masse de contradictions, et comme toute masse, elle est soumise à la fission.
Mais le chanteur citoyen considère lui qu'elle est remplie de certitudes : la certitude qu'il y a des salauds, la certitude que l'argent est au centre des problèmes. Par la même l'ami rebelle, chanteur citoyen, dénonce ses ennemis. Il montre celui qui est à éliminer (et ce faisant il procède de la même façon que ceux qu'il hait ; par exemple, Bush Jr. fait-il autre chose avec Saddam Hussein ?). Pour lui tout problème est d'ordre politique, des crottes de chiens dans la rue à la bombe atomique. Et tout règlement du problème passe par la définition puis l'élimination de l'ennemi. Montrer ses ennemis, c'est ça le politique (définition selon Carl Schmidt). De nouveau, nous retrouvons ce désir de lutte contre l'aliénation du monde. Cette lutte passe par les élites intellectuelles, dont l'artiste fait partie, et en aucune façon par la démocratie, si largement chantée et louée par le chanteur citoyen. Car par définition, d'une part, l'élite concerne une minorité, et d'autre part, elle est non soumise à la remise en cause (la critique) puisqu'elle est détentrice légitime du savoir/pouvoir. Qui peut aujourd'hui critiquer José Bové sans se faire traiter de fasciste ? Alors pourquoi donner la parole au peuple quand celui-ci est ignorant et aliéné ?
Conclusion, le chanteur citoyen à texte, met du sens dans ses propos et du sang sur ses mains.
Conclusion bis, celui qui n'a pas compris ce chapitre est forcément aliéné.

La nouvelle chanson n'est pas celle que l'on croit
En conclusion de notre critique, nous voyons que si le sens a sa place dans la musique actuelle, ce n'est pas pour y développer encore et toujours les mêmes figures de styles que l'on soit dans la poésie, ou dans l'engagement. L'approche réfléchie de la modernité nécessite de mettre à jour de nouvelles problématiques. Comme M.G.Dantec en littérature, il est temps de comprendre les contradictions, et non plus les points noirs de la modernité. La modernité est rentrée dans son âge adulte, fini l'adolescence.
Depuis deux siècles et demi, des philosophes, sociologues, historiens, économistes s'interrogent sur le fonctionnement du monde moderne. Tous sont irrémédiablement attirés par ses failles. Pourquoi le champ de la musique délaisse-t-il l'espace de cette réflexion ?
Au départ l'intitulé « manifeste » l'était par provocation gratuite, moins maintenant.
Sa rédaction a été entreprise au moment de l'essoufflement des musiques électroniques (house en particulier), en voulant montrer qu'il y avait selon nous un lien entre ce ralentissement et l'absence de « sens » des titres électroniques. Corrélativement est apparue la problématique d'une nouvelle scène de la chanson française à texte. De nouvelle, nous avons essayé de montrer qu'elle n'en avait à peine que le nom. La nouvelle chanson française est ailleurs, l'idée d'un manifeste est alors devenue ....manifeste.

Manifeste nicholsonien
Réfléchir sur le sens du texte dans la chanson, nous amène donc à bien comprendre que la définition habituelle de cette expression ne nous convient pas. Pour nous, s'il faut parler de la société moderne cela ne peut se faire qu'en passant par des problématiques nouvelles : quelles sont les contradictions de la modernité qui sont constantes depuis 2 siècles ? Comment les mettre à jour ? Comment les aborder sous la forme musicale ? Comment provoquer le débat plutôt qu'assener des vérités ? Quel style musical adopter sans revendiquer l'appartenance autarcique à un courant ?
Pour nicholson le pari est donc double:
Interroger plus qu'assener, surprendre plus que déranger.
C'est-à-dire tendre vers une cohérence paradoxale.
D'autres artistes peuvent s'ajouter à ce projet. Ce n'est pas de la littérature, ce n'est pas un projet sonore, c'est du chant et du son.

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© 2007 Nicholson

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