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Posted on Mar 29, 2008

BEROUTH : FROMAGE ET DESSERT


Rencontre aux Beaux Arts de Paris avec deux groupes de la nouvelle scène rock libanaise: Scrambled Eggs et Lumi.
L'un est un quatuor de jeunes loups aux compos punk-pop explosives (Scrambled eggs) ;
L'autre est un élégant couple électro-clash : suave putasserie assumée, beats puissants et sexuels (Lumi). Tous viennent de Beyrouth et possèdent une fraîcheur et une foi inébranlable en leur Art. Une émulsion forte, déstabilisant nos oreilles fatiguées et nos esprits blasés.
Un avenir probablement radieux pour ces jeunes adultes, symboles d'une scène orientale émergeante et de qualité. Outre les divergences sonores, un point commun lie les deux groupes : un esprit terriblement urbain. Les guitares névrotiques et saturées de Scrambled Eggs suintent le bitume en éffusion. Lumi évoque la fatalité d'une jeunesse citadine en mal de vivre. Leurs compos sont fraîches et bordéliques à l'image de leur ville.
Marc, guitariste de Scrambled précise : « Beyrouth est un immense bordel. Que ce soit ses habitants, son architecture ou son histoire, tout est chaotique. Quand tu regardes, la ville à été victime de plusieurs guerres et catastrophes naturelles. Mais chaque fois, elle renaît de ces cendres, tel le Phoenix... Tu ne vivras jamais dans le reste du pays une situation identique à celle que tu peux vivre à Beyrouth. Il faut savoir que c'est une grande ville d'Orient vivant principalement sur un registre occidental, voire Américain. L'esprit Beyrouthin est complexe. Il faut le vivre pour vraiment le comprendre. »
Charbel, le chanteur : « Toute notre inspiration vient de la vie à Beyrouth.
Tout est issu d'expériences personnelles. On à pas la prétention de parler du Liban sud ou nord, de la Syrie et d'Israel. On parle juste du microcosme dans lequel on a évolué. ».
Un vécu apparemment hanté par la sexualité. Des phrases telles « My ass is yours » scandée à répétition sur l'un des titres phares de Lumi en est un exemple...
On y sent comme un désespoir. « Plutôt un certain désabusement ! » réctifie Mayaline, l'icône sensuelle du binôme. « La jeunesse Beyrouthienne est unique. La guerre peut éclater n'importe quand. Tu vis alors à 200%, sachant que demain, tu ne seras peut-être plus là.
Mais c'est une expérience plutôt limitante. Il est inquiétant de ne pas pouvoir se projeter.
De se construire sereinement. ». En effet, nos invités, quoi qu'on puisse dire, ont vécu deux guerres. Ils viennent d'un milieu assez aisé, mais les bombes ne choisissent pas les quartiers ou sortir. La jeunesse de la capitale n'a d'autre choix que de vivre le moment présent...
Sexe, alcool et autres divertissements y sont tout sauf tabous. La nuit tous les chats sont gris, comme on dit chez nous...Une ville ou vivre à court-terme est une pholosophie, « rapport à l'instinct de survie » dixit Charbel. Les charters remplis de bovins occidentaux avinés ne sont donc pas encore au programme, fort heureusement. Après onze mois de dur labeur, il est préférable de dormir sur ses deux oreilles, avant d'enchaîner les onze suivants...
Un état d'urgence perpétuel donc. un état de fait qualifiable de Folie urbaine.
Charbel : « un état d'urgence qui donne naissance à une intensité vitale à notre processus de création. C'est ce qui nous porte, nous nourris au quotidien. Une ville sans intensité forte n'a rien à te donner. Si rien de révoltant se produit dans ton quotidien, je penses qu'il est difficile de sortir quoi que ce soit d'intéressant de tes tripes. On m'a souvent parlé de New-York, comment c'était avant. Les grands artistes et musiciens qui ont émerger là-bas.
Aujourd'hui, la ville est clean, et il ne se passe plus grand chose de marquant.
Dans une situation clean, tu te dis que tu as le temps. Résultat tu ne fais rien parce que justement tu as le temps ! C'est vicieux... ». A peine le temps de barrer discrètement une hypothétique question sur notre scène Parisienne, que notre interlocuteur, visiblement éxalté, reprend son réçit : « Quant à la folie, je penses que c'est toujours en rapport avec ce que tu as à perdre. Si tu as beaucoup à perdre tu ne t'amuses pas à l'exploiter. En revanche, si c'est l'inverse, ta folie tu la pousses à l'extrême. Par exemple, pendant la période de crise juste avant la guerre avec Israêl, les gens avaient pour habitude de se retrouver le dimanche vers 15H, et faisaient la fête jusqu'au petit matin. C'est pas un truc qu'on fait habituellement le dimanche si tu dois retourner bosser le lendemain ! C'est ça le genre de folie que tu pouvais trouver à Beyrouth à cette période. Mais ce ne sont que des moments. C'est une folie volontaire et consciente. Tu ne verras jamais un junkie ou un clochard dans la rue. Ils sont tous dans des abris. On est tout à fait conscient de ce qui se passe... ».
Ainsi, cette histoire de folie est une manifestation exacerbée du désir de vivre.
Quand tout est sur le point de péter, les Beyrouthins eux, croquent la vie à pleine dents.
Il en va de même pour Scrambled eggs et Lumi. Ils n'appartiennent pas à la caste des groupes creux privilégiant le visuel au sonore. Ils ne sont pas non plus de celle des autistes bidouilleurs, spécialistes du chuchotement et autre nombrilisme complaisant.
Non ! Ils font déjà partie intégrante des rares qui aujourd'hui possèdent encore la véritable classe Rock : celle pleine de candeur et de puissance. Celle qui se brûle les ailes en vol et qui ne regarde jamais derrière,offrant ses cendres par générosité.
Le relais est passé. Il était temps...

Bobby

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© 2008 Scrambled Eggs

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