Posted on Apr 14, 2007
Mes premiers pas en tant que rien du tout dans un petit journal...
Oui, oui, mon ascension sociale est époustouflante, au point que Mme Leroy, ma dévouée banquière, m'a récemment gratifiée d'un chaleureux coup de téléphone pour m'annoncer qu'au vue des derniers mouvements bancaires sur mon compte, elle envisageait sérieusement d'entâmer une thérapie par le rire. Personnellement, je n'ai pu que la féliciter de cette initiative, et puis avec un peu de chance, dans un des ateliers, elle croisera M. Rummiliard, mon propriétaire. Et incessamment sous peu, ils seront rejoints par ma mère et observatrice privilégiée des mes innombrables galères et, je les y vois déjà, ils se lanceront dans une farandole du bonheur, une ronde effrénée et joyeuse en remerciement aux dieux de la prodigalité.
Avant que vos cerveaux lubriques ne s'emballent à l'idée de ces folles bacchanales, revenons-en à mon stage. Mettons d'abord au point une anthropologie du milieu. Dans le journal, il y a deux races humaines bien distinctes : les stagiaires et les journalistes. Ces derniers sont somme toute ce que l'on pourrait qualifier d'êtres humains complets. Deux bras, deux jambes, deux yeux, deux oreilles, un nez, une bouche, un cerveau. Beaucoup plus intéressantes sont les stagiaires.
Elles présentent quelques difformités rendues éminemment nécessaires par la précarité de leur existence. Elles contituent en elles-mêmes une nouvelle validation des principes darwiniens de l'évolution. Pour pouvoir survivre et s'adapter à un milieu résolumment indifférent si ce n'est hostile, les stagiaires ont subi des mutations physiques importantes. Des seins et des fesses rebondies qui défient les lois de la gravité leur permettent d'apparaître en relief 3D quand elles passent dans un couloir. Leurs ongles crochus et durs les aident à ramasser les miettes d'articles délaissées par les journalistes. Leurs grandes oreilles servent à peu près la même fonction. A l'inverse, l'organe vocal est victime d'une atrophie engendrée par son inutilité.
La précarité et le stress inhérents à leur mode de vie les ont dotées d'un incroyable pouvoir : des cigarettes leur poussent entre les doigts selon un intervalle de dix minutes. Les plus développées sont pourvues de la même faculté avec les tasses de café. (Notez que le journaliste ne fume ni ne boit de café mais pratique volontiers le yoga.)
Les rapports entre les deux espèces sont courtois. Le changement de catégorie d'un individu passant d'une espèce à l'autre est un phénomène tout à fait exceptionnel. Selon d'éminents spécialistes des cycles biologiques internes (dont le fameux professeur Chouille) la fréquence de ce phénomène semble s'accorder avec le rythme des éclipses solaires - soit une moyenne d'un par siècle. Encourageant, non ?
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